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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 16:24

Chers lecteurs,



Récemment, grâce à la mirifique Médiathèque André Malraux de Strasbourg, j’ai pu emprunter le Zatôichi du très célèbre Takeshi Kitano.

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L'affiche du film

L’artiste et amuseur aux multiples facettes a emporté, à la Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia 2003, le Lion d’argent du meilleur réalisateur pour ce film. Rappelons que c’est ce festival qui avait fait connaître Akira Kurosawa avec Rashômon en 1951 et, plus largement, le cinéma japonais en Europe. Rappelons également que Takeshi Kitano a été primé pour la première fois de sa vie lors de ce festival, en 1997, pour son magnifique Hana-Bi.

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C'est le sang de qui, à votre avis?

Zatôichi est une célèbre série de films japonais produits par la Daiei qui fit de l’acteur Shintaro Katsu l’une des plus grandes stars du cinéma japonais dans les années 1960-1970. Le premier long métrage issu de cette série, réalisé par Kenji Misumi, est sorti en 1962 sous le titre de Zatôichi monogatari (座頭市物語). Une vingtaine de films ainsi qu'une série télévisée de 4 saisons au nom de cette licence et avec le même acteur dans le rôle principal furent réalisées entre les années 1962 et 1979.

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Le DVD de l'un des "vieux" Zatôichi

Dans le Japon traditionnel, les aveugles exerçaient le plus souvent la profession de masseur, afin de ne pas être un fardeau pour leur famille. Ils étaient d’ailleurs regroupés en un syndicat qui survécut jusqu’au début de l’ère Meiji. Zatôichi est l’un de ces masseurs, inventé sous la plume de Kan Shimozawa, il a la particularité d’être également une très fine lame. Justicier toujours prêt à défendre les opprimés, il combat divers ennemis et déjoue maints complots au cours de ses pérégrinations.

On est donc dans un chanbara (チャンバラ) ou ken-geki, c'est-à-dire un film de sabre japonais mettant en avant un combattant poursuivant la Voie du Guerrier ou Bushidō (武士道).

N’ayant pas vu d’autres épisodes de la série, je ne peux émettre de comparaison mais, à priori, dans le Zatôichi*de Kitano, on retrouve les éléments ayant fait le succès de la série mais réadaptés à la sauce du réalisateur, ce dernier n’ayant pas voulu faire un simple remake. Ce qui est, je pense, tout à son honneur.

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Le très beau Tadanobu Asano dans le rôle de Hattori

Un masseur peu loquace, interprété par Takeshi himself, dissimulant un katana à la lame très tranchante dans sa canne d’aveugle (interprété de façon assez semblable au Nishi de Hana-Bi, manière de jouer héritée du célèbre William Surrey Hart, c'est-à-dire minimaliste, avec très peu d’expressions, afin que le spectateur s’interroge sur ce héros sombre et silencieux). Deux belles geishas itinérantes en quête de vengeance. Un jeune et très talentueux (sans oublier qu’il est beau) rônin (浪人) nommé Hattori -interprété par Tadanobu Asano- et sa jeune épouse tuberculeuse. Une ville sous la coupe du clan de Ginzo, des gens très sympathiques qui ont pris l’habitude de pourfendre toute personne se mettant en travers de leur chemin vers l’argent et le pouvoir. Un combat décisif à la lueur d’un bûcher.

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Qui sortira vainqueur de ce duel?

Ajoutez à tout ça une superbe esthétique du sang et de la mort. Une violence rapide, fulgurante, qui ne prévient pas mais qui éclate brutalement -les combats sont basés sur les techniques de l'iaidō (居合道), autrement dit sur l'art de dégainer le sabre-. La mort est, quant-à elle, très stylisée, mais comme toujours dans les films de Takeshi Kitano, le spectateur ne peut s'empêcher de s'identifier à celui qui prend les coups, ne peut s'empêcher d'avoir pitié et de souffrir. Il est, pour moi, impossible de rester totalement indifférent. Et c'est d'ailleurs un fait voulu de la part du réalisateur, qui a répliqué à des Américains lui reprochant un excès de violence (vous savez, les trucs bien pensants du type, "vous n'avez pas peur que les jeunes veuillent vous copier dans la réalité?") : « La violence dans mes films est une violence qui fait très mal. Dans un film, cette douleur permet de neutraliser la violence. Mais chez vous, vous ne faites que des films sans douleur. »

N'oublions également pas une chorégraphie et une mise en scène des combats époustouflantes. Un montage éclaté et déstructuré comme aime à les faire Kitano, ultra-dynamique nous offrant de magnifiques moments d’une synchronisation parfaite avec la bande sonore. Du saké. Un travesti. Une veuve hospitalière. Un neveu comique et sympathique ainsi qu’un numéro de claquettes japonaises…

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Yûko Daike dans le rôle de la belle Geisha Okinu Naruto

…et vous obtenez un véritable chef d’œuvre durant lequel on ne s’ennuie pas une seconde, qui nous tient en haleine, ravit nos yeux et nos oreilles.

Pour les petites anecdotes : la scène de la pluie est un hommage aux Sept samouraïs d’Akira Kurosawa. La troupe de danseurs The Stripes apparaît à la fin du film pour un final étonnant. Takeshi Kitano a dû subir un entrainement intensif afin de pouvoir effectuer lui-même la plupart de ses cascades.

Je vous laisse avec le Trailer en Vo (parce que la vf...) :

 

 

 

...et une citation de Takeshi Kitano, tirée d’un entretien avec Mathieu Kassovitz datant de juin 1998 (donc avant la création de ce film), que j’ai pu lire dans l’édition de « Rencontres du Septième Art » consacrée à notre japonais.

« Je pense que celui qui exerce une violence doit savoir qu’il peut lui aussi avoir à subir la violence. Quand on tue quelqu’un, il faut toujours avoir en tête qu’on peut être tué soi-même. C’est pourquoi, s’il y a des meurtres dans mes films, je prends toujours la responsabilité de faire mourir celui qui a tué ; il n’y a jamais de happy end. »


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Takeshi Kitano en Zatôichi, just über classe


Sources : -Le Cinéma Japonais, 2e édition par Max Tessier
-Images du cinéma Japonais par Max Tessier
-Takeshi Kitano - Rencontres du Septième Art

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commentaires

A

Achille et la tortue est véritablement fascinant. Loin de moi l'idée de contredire Positif ou les Cahiers, je suis du même avis.
En tous cas, cette année 2010 est clairement celle de Kitano, entre rétrospectives, expositions, documentaires, et deux films dans les salles (vivement Outrage, la bande annonce est bien
prometteuse).


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A

Zatoichi n'est pas le film de Kitano que j'ai préféré. Certes on retrouve une certaine poésie propre au cinéma de Kitano, mais certains points de détails font que, pour moi, ses films plus
contemplatifs surpassent à la fois Zatoichi, mais aussi ses films "de yakuza".

Ses films les plus récents, tout comme son dernier, Achille et la tortue, viennent apporter une dimension encore plus réelle à sa folie, tout en traitant de sa condition en tant qu'il est un
personnage multiple, mais aussi sur la condition de l'humain en général.

Bref, il s'agit tout de même d'un article très intéressant :) Comme les autres d'ailleurs. Félicitation pour ce blog.


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L


Je n'ai pas encore assez vu de films de Kitano pour pouvoir soutenir ou contredire ton point de vue malheureusement. Mais j'espère que cela sera assez rapidement réparé.


Pour les trois derniers films de Kitano, d'après les critiques que j'en ai lu, il s'agit surtout d'autobiographies romancées, de reflexions à la fois sur l'art et l'artiste. Selon les critiques
(qu'il s'agisse de Positif ou des Cahiers) le meilleur des trois est le dernier, que tu cites : Achille et la Tortue.


Merci d'apprécier ce blog !



L

Je crois pouvoir me dire sans trop m'avancer que c'est l'un des films qui m'a le plus marqué. Je pense que le dépouillement et la poésie propre à Kitano en sont pour quelque chose... Sans aucun
doute possible !


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M

Bonsoir l'étudiante

Je ne connais pas le cinéma japonais
bonne soirée


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