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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 10:20

http://www.elbakin.net/fantasy/modules/public/images/livres/livres-gagner-la-guerre-641.jpg Chers lecteurs,

 

Je viens tout juste de terminer un roman qu'il me tardait de lire : Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski. Après la magnifique rencontre avec Janua Vera, recueil de nouvelles de fantasy d'une rare qualité, l'envie de poursuivre l'aventure avec Benvenuto Gesufal, personnage principal de la nouvelle Mauvaise donne, se faisait sentir depuis un certain temps déjà.

 

Jean-Philippe Jaworski est un créateur d'univers. Auteur de jeux de rôle, il a commencé à mettre en place le monde du Vieux Royaume avec Janua Vera, et nous invite, ici, à en poursuivre l'exploration. Ce monde emprunte à la fois, à travers la ville de Ciudala, à la Renaissance italienne, à l'Empire Ottoman avec Ressine, à l'Europe médiévale avec Sacralia et ses nobles chevaliers, à la fantasy pure avec Bourg-Preux, les Landes Grises et les contrées abritant des êtres de légende.

 

Au lendemain de la guerre qui opposa Ciudala à RessineBenvenuto Gusefal, l'homme de main du podestat Leonide Ducatore, se retrouve au centre du jeu politique. Et ce jeu est cruel ! Car Leonide Ducatore est prêt à tout pour s'installer de façon durable à la tête de la République. De petits arrangements en massacres, notre mercenaire devra faire preuve de tout son talent pour rester en vie.

 

Vous l'aurez compris, il s'agit de fantasy politique, à base de tractations secrètes et de coups bas. Ici, nulle vision héroïque ou complaisante du pouvoir. Seulement des hommes qui s'affrontent au point d'en perdre le sens des réalités, de perdre toute mesure et de vivre dans le calcul constant de leurs positions sur l'échiquier. Cependant, l'originalité de ce roman ne tient pas tant dans l'histoire en tant que telle, mais dans son traitement. Il est question d'un pan de la vie de Benvenuto Gesufal, écrit par ce dernier à des fins... politiques.

 

Qu'est-ce que cela induit ?

 

D'une part, le lecteur a l'impression d'avoir un rôle à jouer. Il est directement pris à partie. Benvenuto n'hésite d'ailleurs pas à l'occasion à l'apostropher pour lui faire anticiper la suite des évènements, en l'informant par exemple qu'il va être amené à commettre un acte répréhensible (sans indiquer lequel) ou en se jouant de celui qui ne s'attendait pas à la conclusion d'un chapitre, rondement menée. Il ne rapporte pas simplement ses chroniques de façon linéaire mais joue sur le suspense et sur la surprise afin d'égayer son récit, tout en employant un verbe des plus riches et des plus imagés. Partant de là, on peut affirmer que Benvenuto, outre ses talents peu recommandables mais fort utiles, possède une plume, est un écrivain.

 

D'autre part, le narrateur n'est pas omniscient. Le lecteur a par conséquent une vision partielle des évènements, et nombre de questions importantes restent en suspens à la fin du récit, brouillant l'interprétation de nombreux faits, pour la simple et bonne raison que Benvenuto n'en possède pas la réponse à cet instant.

 

De plus, et c'est peut-être l'élément le plus intéressant, cet emploi de la première personne pousse le lecteur à éprouver de l'empathie, et même de la sympathie pour notre héro haut en couleurs et son entourage. Cela induit évidemment une antipathie à l'égard des adversaires politiques des Ducatore, ainsi qu'une diabolisation de ces derniers.

 

Benvenuto n'a pas vraiment le choix de ses actions : sa vie dépend en grande partie du bon vouloir du podestat. Or, ce dernier sait se montrer conciliant et séducteur. Il a l'art et la manière de s'assurer de la loyauté de ses gens. Ainsi, le point de vue de notre homme de main -qui n'est pas un mauvais bougre mais souhaite vivre par dessus tout- est influencé, tout comme le point de vue du lecteur, et il devient très difficile de faire la part des choses. Surtout quand une grande partie de la vérité reste voilée.

 

Je pense bien évidemment au podestat et aux extrémités auxquelles il est prêt à recourir afin d'asseoir son pouvoir ; maltraitant avec un sourire affable nombre de principes moraux et familiaux, d'une certains façon acculé et contraint à un choix cornélien : l'abandon de sa cause ou le surenchérissement de l'horreur. Mais également au Sapientissime Sassanos, sorcier au service du Ducatore et aux intentions des plus obscures, sacrifiant morceau par morceau son humanité. Ces deux personnages ont l'étoffe des «méchants» les plus intéressants et les plus dangereux à mon goût : ceux que leur quête du pouvoir dépouille d'eux-mêmes.

 

Il est légitime de se demander si l'on n'assiste pas, en fait, l'ascension du «mal», à mesure que le recours à des solutions extrêmes devient nécessaire, ainsi que la défaite du «bien», de ceux qui ont pour souhait de guider Ciudala vers la paix et la prospérité.

 

Gagner la guerre est un grand roman de fantasy française. Jean-Philippe Jaworski y fait preuve d'une rare subtilité à travers son écriture et à travers le point de vue proposé. Si vous n'avez pas peur de vous compromettre, tentez l'aventure !

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 10:47

http://www.khimairaworld.com/bibliotheque/post/image/rainbows_end.jpg Chers lecteurs,

 

Il y a quelques semaines de cela, j'ai abordé avec un grand enthousiasme Rainbows End, dernière oeuvre du grand Vernor Vinge parue à cette date en France (on attend avec impatience The Children of the Sky, qui paraîtra l'année prochaine et fera suite à la série Zone of Thought -Un feu sur l'abîme ; Au tréfonds du ciel-, ses chefs d'oeuvre du Space Opera).

 

Rainbows End, il faut le préciser, se situe plutôt dans la lignée de La Captive du temps perdu : l'intrigue prend place sur Terre, dans un futur sérieusement envisageable, et exploite les possibilités d'une technologie en particulier ; dans l'ouvrage précité, il s'agissait de la stase, ici, il s'agit de la réalité augmentée. On peut dire qu'il s'agit de livres concepts, exploitant jusqu'au maximum le potentiel de la technologie en question. D'où 456 pages d'un récit dense pour le format poche.

 

Dans un avenir pas si lointain, durant la première moitié du XXIè siècle, la réalité augmentée a pris le pas sur la réalité. Des millions de personnes sont en permanence connectées au réseau grâce à une technologie des plus sophistiquées, glissée dans des lentilles et des vêtements. Elles ont accès, d'un mouvement, à toute l'information disponible, peuvent communiquer en tchat fermé ou en messages privés et peuvent effectuer de véritables créations artistiques qui se superposent à la réalité. Des groupes dont les membres sont issus de toutes nationalités et ayant une ambition esthétique semblable se sont donc formés. Ainsi, si l'on se met sur le bon canal, on peut voir le paysage transformé façon Disque-Monde par exemple. La révolution est de taille.

 

Cependant, l'utilisation de cette technologie nécessite un lourd enseignement, qui va jusqu'à remplacer dans certaines écoles le cursus classique. Et certains sont plus doués que d'autres en la matière. Le mystérieux Lapin, par exemple, qui prête à son insu assistance à une organisation gouvernementale ayant découvert la cause d'une future Catastrophe Majeure.

 

Le lecteur suit plusieurs personnages, principalement Robert Gu, un poète de renom  et enseignant-chercheur tout juste guéri d'un Alzheimer. Ne s'étant jamais intéressé à l'informatique, il se retrouve dépassé, contraint de retourner étudier au lycée et de changer sa vision du  monde.

 

L'intrigue à proprement parler n'est pas le point fort de l'histoire et n'en a pas l'ambition. A travers elle et les différents personnages, il est surtout permis au lecteur d'appréhender au mieux une technologie excitante, un futur enthousiasmant ainsi que le mystère entourant Lapin. L'ombre de la Singularité, concept cher à l'auteur, plane également sur le récit (surtout quand on a lu la préface de Gérard Klein). L'attachement émotionnel du lecteur aux personnages et leur profondeur n'atteignent ainsi pas la force des space operas de Vernor Vinge (qui comportent, chacun, 500 bonnes pages supplémentaires - ça aide), cependant, le concept d'utiliser l'histoire pour explorer quelque chose de différent (technologie, race extraterrestre) est propre à l'auteur.

 

Rainbows End laisse le lecteur rêveur sur l'avenir du web et de la réalité augmentée. Cette oeuvre de hard science, d'une grande qualité,  explore ce chemin d'une telle façon qu'il semble être à notre portée. N'oublions d'ailleurs pas qu'elle a été publiée pour la première fois en anglais en 2006 et est donc antérieure à l'Iphone, à l'Ipad, à OnLive. Eviter le tout-dématérialisé nous semble désormais quasi-impossible (sauf gros crash de la technologie mondiale ou fin du monde) et la réalité augmentée, si elle est pour l'instant essentiellement employée dans un but utilitaire, a déjà fait ses premiers pas au sein du grand public via des applications smartphone, l'Upcode et la 3DS.

 

http://mobilecrunch.com/wp-content/upcode.png

 

Vernor Vinge est un maître et un visionnaire, doté d'une plume de talent, d'un vaste imaginaire et de solides connaissances scientifiques. Et là où de nombreux auteurs explorent une vision alarmiste du futur, il nous offre, le temps d'une lecture, un avenir certes dangereux, certes effrayant, comme peut l'être le présent de n'importe quel être humain (et en cela il n'est pas utopique), mais également terriblement enthousiasmant, offrant à l'Art et à l'Humain des perspectives de développement inouïes.

 

Si j'ai aimé ? Et comment !

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 19:18

http://img.over-blog.com/329x500/1/18/13/98/4/Planete-a-louer.jpg Chers lecteurs,

 

J'aimerais vous parler ce soir d'un roman que je viens tout juste de terminer, Planète à louer de Yoss, publié par Mnémos sous la direction de Charlotte Volper, après traduction de l'espagnol par Sylvie Miller et paru le 21 janvier 2011 en France.

 

Yoss, l'auteur, est un cubain. Il a, par le passé, déjà été publié pour des nouvelles en France au sein du recueil Interférences chez Rivière blanche. N'ayant pas lu ledit recueil, je ne pourrai vous en donner un avis, mais, de ce que j'ai pu constater pour Planète à louer, Yoss maîtrise extrêmement bien la forme courte.

 

L'œuvre dont il est question ici est un roman choral. A savoir qu'il est divisé en 7 chapitres, chacun se concentrant sur l'histoire d'un personnage et, dans la plupart des cas, sur le moment où sa vie bascule irrémédiablement. Instant particulièrement propice à l'introspection et au changement.

 

Ces 7 personnages sont liés. Ils appartiennent tous à la race humaine et tentent, chacun à sa façon, de s'en sortir. Car la Terre sert désormais de paradis touristique à des extraterrestres tellement puissants qu'ils pourraient la détruire en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et dont le principal souci est de garantir le sous-développement scientifique de l'humanité.

 

Mais attention, dès la préface, l'auteur nous prévient. La science-fiction est ici choisie pour nous parler de Cuba et de la Terre. En nous narrant le présent de ses personnages, incapables d'envisager le moindre futur, il nous parle de notre présent et du présent de son pays. Et le récit est sombre, laissant peu de place au véritable espoir d'un lendemain meilleur, si ce n'est au prix de l'âme, de l'abandon des rêves exaltés de liberté pour un retour grinçant à la réalité. La traitrise, le reniement, la solitude de l'exil.

 

Et la machine est implacable, s'entretenant d'elle-même par le biais de la fuite des cerveaux, de ceux qui pourraient y faire quelque chose mais sont trop désireux de vivre libres, sans contraintes et loin de leurs malheurs passés. Car après tout « Il faut bien vivre, non ?».

 

Au début de chaque chapitre, quelques pages, en italiques, ponctuent le récit. Elles ont pour vocation d'expliquer le système, depuis un point de vue qui n'est pas neutre mais dont on ne peut que soupçonner la provenance. Elles abordent brièvement divers sujets éloignés les uns des autres et permettent une perception globale des évènements et du fonctionnement de ce système qui rend esclaves les habitants d'une planète entière.

 

De la même manière, grâce à la diversité des destins des 7 personnages dont on pénètre la pensée, une esquisse vivante de la planète et des extraterrestres apparaît dans l'esprit du lecteur. L'apprentissage des technologies se fait pas à pas et il n'est pas rare que l'un des chapitres à suivre mette sur le devant de la scène un élément qui n'était qu'effleuré auparavant.

 

Yoss parvient, avec talent, à faire entrer le lecteur très rapidement dans chacune des histoires, lui permettant de s'attacher, le temps de quelques pages, à un destin, et le poussant à guetter les liens qui unissent les différents personnages. Plus haut, je vantais sa maîtrise de la forme courte, et ce, non seulement pour cette capacité à créer des personnages attachants et à entrainer rapidement le lecteur, mais également pour sa capacité à se renouveler et à tester des structures différentes.

 

La construction n'est pas toujours la même et il sait aussi bien manier une scène d'action déterminante qu'un entretien, qu'un quasi-monologue où l'on ne fait que deviner l'interlocuteur ou qu'un récit se déroulant sur une plus longue période.

 

Pour toutes ces raisons, je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 19:28

http://www.babelio.com/couv/2449_aj_m_6732.jpeg

Bonjour à tous,

 

De retour des Imaginales, où je me suis, comme chaque année, procuré un nombre conséquent d'ouvrages, et clouée au lit par un gros rhume (la soirée de samedi me fut fatale je crois bien), j'ai décidé de m'attaquer à Présumé coupable d'Isabelle Guso, novella publiée aux éditions  Griffe d'Encre.

 

Cette novella, parue le 1er octobre 2010, aborde un sujet des plus ardus. Un sujet qui, je le crois, n'avait jusqu'alors pas été traité sous cet angle. Un angle difficile, qui paraîtra peut-être inconcevable aux yeux de certaines personnes, pour peu qu'elles ne lisent pas le mot de l'auteur et la postface. Tact et explications sont parfois nécessaires.

 

Je ne peux en révéler plus ici, afin de ne pas spoiler d'éventuels lecteurs.

 

Cependant, j'aimerais tout de même dire que l'ouvrage met sur la table des questions essentielles. Questions que notre société devrait se poser afin de lutter de façon éclairée contre certains crimes. Afin d'empêcher des drames.

 

Isabelle Guso, l'auteure, a eu le courage de se mettre à la place de l'inconcevable afin de soulever un voile, qui nous empêche d'aborder de façon efficace le problème soulevé. Elle l'a fait avec beaucoup d'humanité, de précautions et de talent.

 

Pour cela, elle, ainsi que ses éditrices, Magali Duez et Menolly, et les autres personnes s'étant impliquées dans le projet, ont toute mon admiration.

Je vous conseille donc, bien évidemment, la lecture de l'ouvrage et de ses annexes.

 

Et en bonus sur ce billet, l'extrait mis gratuitement à disposition par la maison d'édition, c'est ICI. Je me permets également de rajouter une mention spéciale pour la couverture ainsi que le marque-page, illustrés par Zariel et particulièrement réussis.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 09:54

ProcrastinationBien le bonjour chers lecteurs,


Je vous annonce la parution il y a quelques temps sur le site d'ActuSF de ma première critique pour eux, qui porte sur le Procrastination de Terry Pratchett.

 

«(...) Tout débute lorsque Nounou Ogg, sorcière émérite du Royaume de Lancre (qui, en plus d’être une matriarche accomplie, est connue pour être la meilleure sage-femme du Disque-monde), est appelée à l’aide dans le cadre d’un accouchement peu banal. Bien plus loin, au coeur de montagnes, les Moines de l’Histoire, chargés de maintenir l’ordre temporel, s’interrogent : un de leurs novices, Lobsang, fait preuve d’un talent inhabituel dans l’Art de manier le temps. Ils décident de le placer sous la houlette d’un maître des plus insolites, Lou-Tsé. (...) »

 

La suite ICI !

 

Et, à tous, une très bonne année 

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 16:10

http://media.librys.fr/livre/39/19639.jpgL'aventure était tentante. L'envie de passer un bon moment de lecture, de se laisser porter par une histoire des plus sympathiques était là, alors, une fois la quatrième de couverture lue, je me suis lancée.


Où ais-je atterris? Au cœur d’un Royaume en Guerre. Une Guerre civile, dont chaque lopin de terre porte les stigmates, mais également lointaine, absurde, matérialisée par l’absence. L’absence de richesses, l’absence de membres du Bailli dans les villes, et surtout, l’absence d’hommes fiers, fiables, sains.

La guerre a comme atteint tous les cœurs. Rongés, machos, fort peu prompts à l’entraide, racistes, vulgaires, friands de blagues et allusions potaches, aisément malléables, étant prêts pour nombre d’entre eux à abandonner ce qu’ils possèdent de plus cher, à abandonner leur âme, pour la richesse et le pouvoir, les Hommes se montrent ici sous un fort piètre jour, avilis, et sous peu pourris de l’intérieur. Ils en sont réduits à leurs plus bas instincts et ne réclament que sexe, argent et pouvoir, dans ce Royaume qui, en raison d’une guerre inepte, ne peut plus leur offrir matière à rêver autre chose.

Oh, évidemment, quelques âmes simples et loyales persistent. C’est le cas de Jehanne, tout juste promue Lieutenante au sein du Bailli qui recrute désormais des femmes - au grand dam de nombreux bien-pensants qui se contentent de se gausser d’elles et de les lorgner d’un regard lubrique-. Jehanne possède un esprit simple, pleine de bonne volonté, sans être bête ni naïve pour autant. Elle fait partie de ceux qui fonctionnent avec leurs cœurs, pour ce qu’ils croient être justes, l’amour propre dans les chaussettes et n’étant ni particulièrement courageuse, ni peureuse, ni prompte à se rabaisser, ni revancharde pour elle-même. Elle possède une sorte d’enthousiasme juvénile qui pourrait être éclatant s’il avait l’occasion de se développer dans un milieu l’encourageant.

Un bébé qu’elle récupèrera au bord d’une route, dure responsabilité, ainsi que ses discussions avec « La Perle » l’amèneront à évoluer, à devenir plus volontaire, à prendre confiance en elle.

L’auteur, Paul Beorn, réussit là un bon portrait de femme, traduite dans toute sa complexité et ses contradictions. C’est assez rare qu’un homme choisisse une femme pour héroïne et ne passe pas à côté pour mériter d’être souligné. On peut presque qualifier ce roman de féministe. Ne vous méprenez pas, je n’entends pas ici par « féministe » ces femmes couillues, ces créatures hybrides que l’on pourrait qualifier d’hommes avec une poitrine, débordant d’une libido obscène quand elles ne sont pas entrain d’en trancher par grappes de dix avec leurs énormes épées. Non, il s’agit de quelque chose de bien plus subtil. Jehanne est une jeune vierge, un brin prude, mais pas plus qu’un brin. Elle n’est pas forte au maniement de sabre, mais possède des talents d’acrobate qui lui seront forts utiles. Elle est mère devant un enfant, et ne nie pas éprouver durant un passage de l’attirance envers un homme. Cependant, elle possède un sens du devoir, ne fuit pas devant le danger, sait faire preuve de sang froid en cas de danger, est prête à se battre pour sauver autrui et possède quelque autorité quand il s’agit de mener des hommes : elle est FAITE pour être lieutenante.

Voilà ce que j’appelle du féminisme, décrire une jeune femme non pas comme semblable à l’homme, mais comme telle, avec sa fragilité, sa réserve mais également sa force et ses choix, preuves d’un caractère bien trempé, d’une capacité de résistance peu commune.

Outre Jehanne, Baba le bébé recueilli au bord de la route et La Perle, mystérieuse voix sortie d’une perle, s’adressant à Jehanne lorsqu’elle la porte à son oreille, le lecteur s’attache peu aux personnages secondaires, en raison de leurs natures exécrables pour la plupart d’entre eux. Cependant, ils sont toujours vraisemblables, jusque dans leur parler, mélange d’ancien et de nouveau français, plus ou moins châtié suivant les régions, qui déroute de prime abord mais qui a le don de rendre le récit plus imagé, de nous faire entrer plus avant dans l’atmosphère. Vraisemblable l’est également l’intrigue, qui tient debout et traine sont lot de mystères, nous entrainant même au cœur d’un certain surréalisme durant quelques temps. Le lecteur se laisse assez facilement entrainer dans le récit. Cependant, si l’on nous évite les super-magies à boules de feu, les cartes du pays, que le récit prend place bien loin de la guerre, dans un trou perdu, une voie sans issue pour ainsi dire, avec aux commandes un personnage principal qui n’est à priori l’Elu de rien, on ne peut pas non plus dire que l’histoire soit des plus originales et qu’elle nous tire mille larmes et hoquets de stupeur.
Mais, attention, il s’agit d’un diptyque, et j’imagine que la suite directe, Le hussard amoureux, a quelques surprises à nous réserver.

En résumé, La perle et l'enfant est un bon premier roman qui se lit vite et bien, servi par un bon personnage principal féminin et une intrigue qui, bien que n’étant pas des plus originales, ne donne pas dans les clichés de la fantasy. Le lecteur passe un bon moment et a envie de lire la suite.

 

PS : A.C. de Haenne, blogeur dans le milieu des littératures de l'imaginaire, signale en commentaire son interview en trois parties du sympathique Paul Beorn.

Première partie - Deuxième partie - Troisième partie

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 16:59

Chers lecteurs,

 

 

Un court article pour vous signaler la parution, sur le site des Lyonnes de la SF, de l'émission consacrée aux Imaginales 2010.

 

Vous pourrez y écouter, entre autres, un extrait de la conférence donnée par Alain Damasio «L'anthropotechnique à l'épreuve de la pire des SF». Oui, le titre est un brin barbare, mais vous verrez, le contenu est à la fois passionnant et accessible au commun des mortels.

 

Vous pourrez également y écouter la voix de l'Étudiante, petits curieux.

 

Mais, trêve de bavardages, ça se passe ici

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 21:12

http://sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-sjc1/hs657.snc3/32444_1298187658363_1340539857_30742571_4074408_n.jpg

Chers lecteurs,

 

Stratégies du réenchantement, le premier recueil de nouvelles sorti tout droit du prolifique cerveau de Jeanne-A Debats (l’auteur de l’excellente et étonnante novella La Vieille Anglaise et le continent), paru le 14 mai dernier chez Griffe d’Encre, vient d’achever le ravitaillement de mon maigre esprit.

 

Après la postface, véritable hommage proféré par l'indispensable Jean-Claude Dunyach, je m’interroge. Que dire de plus, face à cet homme qui a déjà tout dit, et qui l’a écrit bien mieux que je ne saurai jamais le faire ?

 

Que rajouter, mis à part le fait que je conseille l’œuvre au plus grand  nombre, car  les nouvelles, tantôt mordantes, tantôt amusantes, tantôt prenantes voire déprimantes ou encore encourageantes, tantôt brèves et longues, sont toujours profondes, porteuses de sens, d’une façon de concevoir la Vie ?

 

Que s'ingénier à écrire, sinon que, de l’Aria Furiosa, qui ouvre ce recueil par le pouvoir de la voix à Nettoyage de Printemps, point final n’ayant pas démérité sa place, en passant par l’inoubliable, la bouleversante et magistrale Fugues et fragrances au temps du Dépotoir, chaque nouvelle possède pleinement sa place au sein de ce recueil, chacune d’elle est essentielle, toutes prennent le temps nécessaire à l’aboutissement sans être entachées par la moindre finition hâtive, la plus petite histoire à demi débutée qui ne prend pas la peine de développer son plein potentiel ?

 

Hmmm, après mûre réflexion, après avoir fort tourné en rond en me posant ladite question, je me permettrai, alors, un audacieux « Jeanne je t’aime ! » ainsi qu’un simple « Merci ». Merci pour cet appel à l’Humain Merci pour cette libre expression laissée à tous les non-conformes (à Zorn la Psycho irRégulière) à tous ceux qui, par leurs essences et leurs natures, sont incompatibles avec La Norme (ah, ce Gilles…),  et surtout, propos éminemment politiques et actuels, à tous ceux qui rejettent ce que l’on veut nous faire passer pour une vie heureuse et normale (Saint-Valentin). Merci pour cette Plume qui, sait, en quelques mots, entrainer le lecteur au cœur d’univers et de vies tantôt fantastiques et science-fictionnelles. Merci pour cet élan de révolte face à l’insoutenable et aux carcans, quels qu’ils soient.

 

J’élargirai un brin ces propos par la constatation d’un fait qui, au vu de mes récentes lectures, me frappe. Ce retour à l’Humain, à l’Animalité, au Désir, au Brut. À ce qui mord, ce qui cogne, ce qui griffe, ce qui blesse. Philosophie de comptoir que cela, mais, les divers carcans des sociétés technologiques et bien-pensantes au sein desquelles nous vivons ne nous pousseraient-ils pas à l’implosion ?


En clôture à cet article, simply, écrits issus de la quatrième de couv' de ces Stratégies du réenchantement :

«Devant l'insupportable, il est malaisé de se révolter, mais parfois plus encore de se soumettre.

Huit nouvelles sur l'art et les raisons de dire non, huit stratégies pour réenchanter le monde jusqu'à, parfois, le détruire.»


Sans oublier le cadeau de chez Griffe d'Encre, à savoir la mise en ligne d'une bonne partie du début de chaque nouvelle.

CITRIQ

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 14:43

http://www.decitre.fr/gi/22/9782847618822FS.gifChers lecteurs,

 

J’ai aujourd’hui une courte mais non moins belle lecture à vous proposer, à savoir l’impasse de Michel Surya. Paru le 6 avril dernier chez Al Dante Éditions, écrit d’une cinquantaine de pages.

 

M’attendant, de prime abord, à tomber sur un court essai politique comme de coutume chez l’auteur, dors et déjà intriguée par l’absence totale de quatrième de couverture, j’ai eu la surprise de découvrir un récit « érotique » éminemment personnel d’une tristesse et d’une beauté égales à celles de la vie : infinies.

 

Au détour d’une impasse, « je » fait l’amour, et le lecteur un brin voyeur découvre le temps de ces cinquante pages le fil des pensées de ce « je », désordonnées (mais pas tant que ça), hachées, sans ponctuation. Sans la moindre ponctuation. Ni point, ni virgule, que des mots alignés les uns à la suite des autres, desquels surgissent phrases et sens. Il découvre la solitude d’un homme et la tragédie qui se noue lors de tout rapport sexuel.

 

On part, brutalement, de l’acte qui débute, pour ensuite le penser, dans un souffle ininterrompu, une avalanche prolifique de mots et de sens, jetés là par un besoin profond, immédiat, urgent de « dire » ; souffle débuté à la naissance, et qui ne se tarira qu’à la mort de l’auteur de ces pensées, cette œuvre ne comportant ni début, ni fin.

 

La mort, la naissance, sont, à travers l’amour et l’acte d’amour, le véritable thème de cette novella. Elle s’intéresse, au fond, à l’animalité de l’Homme rendu à sa chair, en quête désespérée de contact et de fusion avec la chair d’autrui, afin de rompre momentanément cette satanée solitude régnant en maître au cœur de nos cerveaux de désaxés.

 

Un gros coup de cœur donc, que je vous recommande vivement. Lecture de fin d’après-midi nuageux voire pluvieux, avec un thé ou un café à portée de main et le ciel gris en arrière-plan, histoire de.

CITRIQ

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